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« L’arrêt des chantiers aura mécaniquement un effet sur la date de livraison des logements »

Alors que les constructions immobilières sont à l'arrêt en raison du confinement, Josué JANNIN, Directeur Régional Promotion Ile-de-France de Constructa, revient sur les conséquences de la crise sanitaire sur l'immobilier neuf et les livraisons de logements.

« L’arrêt des chantiers aura mécaniquement un effet sur la date de livraison des logements »
« L’arrêt des chantiers aura mécaniquement un effet sur la date de livraison des logements »

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur votre activité ?

Josué JANNIN : A mon sens personne n’a encore réellement conscience de l’ampleur des conséquences économiques de la crise sanitaire. Tout comme personne n’est réellement préparé à voir son activité s’arrêter si brutalement du jour au lendemain... Mais à situation d’urgence, mesures d’urgence : la première d’entre elles a été de prendre toutes les dispositions pour préserver la santé des salariés de l’entreprise, mettre en place le travail à distance et maintenir une activité « dématérialisée ». Il a fallu réagir au mieux et rapidement face aux impacts potentiels de cet événement inattendu.

Notre quotidien a changé en quelques jours et les impacts en si peu de temps sont considérables : les chantiers sont à l’arrêt, il n’est plus possible pour nos clients de régulariser des ventes chez les notaires, il n’y a plus aucune fréquentation dans nos bureaux de vente qui sont fermés et les opérations en développement sont également figées du fait que les autorisations d’urbanisme ne peuvent plus être délivrées durant cette période. Bref, c’est la quasi-totalité de notre activité qui est gelée.

Aujourd’hui nos chantiers sont à l’arrêt. Nous avons demandé à ce que les entreprises prennent des mesures pour reprendre l’activité. Nous sommes favorables à une reprise de l’activité, tout en respectant strictement les mesures de sécurité sanitaires imposées par les pouvoirs publics. Maintenir un minimum d’activité, même en réduisant les cadences de production, c’est le gage que notre activité continue et que nous savons nous adapter. La situation d’arrêt total nous serait très préjudiciable à tout le secteur de la construction, déjà très fortement mis à mal.

Quel est impact des ordonnances du 25 mars sur le secteur ?

Josué JANNIN : Nous allons subir de plein fouet les conséquences des reports de délais imposés par l’ordonnance. Du fait de l’état d’urgence sanitaire voté par le Parlement, le Gouvernement a été habilité a légiférer par voie d’ordonnance. Le 25 mars dernier, plusieurs ordonnances ont été prises et notamment l’ordonnance 2020-306 relative aux prorogations de délais et à l’adaptation des procédures durant la période que nous vivons actuellement. Il s’agit avant tout de garantir la sécurité juridique des actes et des contrats et de définir les conditions devant s’appliquer durant la période de confinement durant laquelle « le temps s’est arrêté… ». Cette période dite « dérogatoire » s’appliquera a priori jusqu’au 24 mai 2020 et sera prorogeable d’un mois, soit jusqu’au 24 juin 2020.

De notre point de vue, cette ordonnance règle un grand nombre de sujets, notamment en matière d’urbanisme avec au premier chef les demandes de permis de construire dont l’instruction est suspendue, aucune autorisation tacite ne pouvant intervenir durant cette période. De même, les délais de recours des tiers ou de retrait administratifs ne reprendront qu’après la fin de la période d’urgence sanitaire, le cas échéant prorogée. Certes ces mécanismes de reports de délais, de termes et échéances administratives sont indispensables au maintien de la sécurité juridique des actes mais les acteurs économiques que nous sommes vont terriblement en pâtir.

Faute d’autorisations administratives, nous allons subir un ralentissement de l’activité pour les opérations prévues dans les mois à venir et qui dépendent de ces autorisations. Si la sécurité juridique est préservée par l’ordonnance, il faut aller plus loin et trouver des mesures dérogatoires pour favoriser la reprise.

Quelles sont les conséquences sur les projets des particuliers ?

Josué JANNIN : Les conséquences pratiques sont que les projets momentanément à l’arrêt… et ce pour plusieurs raisons :

  1. L’arrêt des chantiers tout d’abord pour les projets en cours aura mécaniquement un effet sur la date de livraison des logements. Nous ferons tout notre possible pour tenir les dates de livraison que nous avions promises à nos clients et nous sommes convaincus que les entreprises redoubleront d’efforts à nos côtés pour garantir ces délais. Nous serons capables d’encaisser quelques mois de retard et de rattraper ce temps perdu mais des retards plus importants sont à envisager si cette situation perdure.
  2. L’arrêt des réservations ensuite, car les clients ne peuvent plus se rendre en bulle de vente pour réserver un logement neuf. Nous mettons tout en œuvre avec notre filiale de commercialisation pour que notre activité commerciale perdure durant cette période, même sans contact physique. CONSTRUCTA PROMOTION a été parmi les premiers promoteurs à utiliser des solutions de commercialisation dématérialisées, comme celle d’UNLATCH qui digitalise le processus de vente et nous permet de garder un lien avec le client, c’est encore plus vrai et nécessaire aujourd’hui. Nous imaginons pour demain lancer la commercialisation de nouveaux programmes de façon totalement dématérialisée.
  3. Enfin, nos clients ne peuvent pas signer leurs actes de vente chez les Notaires. Il n’y a donc plus de nouvelles ventes signées depuis le début de cette période, ce qui est aussi un vrai sujet financier auquel nous sommes confrontés. Les notaires en sont conscients et je suis persuadé qu’une solution dérogatoire va être trouvée rapidement pour y faire face.
  4. Evidemment et en parallèle de tout cela, il y a la question de la validité des offres de prêts et des crédits en cours pour nos clients, tout comme la motivation des particuliers à continuer d’acheter de l’immobilier neuf. Que ce soit pour investir ou pour habiter, la période conduit forcément à s’interroger…

Comment reprendra le marché de la construction après la crise ?

Josué JANNIN : Personne ne le sait encore aujourd’hui et beaucoup de paramètres sont en jeu. Nous en sommes aujourd’hui à gérer le présent et à anticiper l’avenir… Le combat doit être mené pour préserver les emplois et maintenir l’activité des entreprises. Tout ce que nous pouvons faire, tout ce que nous pouvons maintenir, nous devons le faire pour garantir l’emploi. Sans cela, les conséquences seront terribles et nous mettrons beaucoup de temps à nous relever. L’Etat a mis en œuvre des mesures financières importantes, des aides sont disponibles et doivent aider les entreprises.

Par la suite, l’Etat devra encore démultiplier les mesures incitatives et organiser un véritable plan de reprise du secteur : nouvelles incitations fiscales, aides aux financements, libération du foncier, accélération des process administratifs, etc. Les banques elles aussi seront amenées à jouer un rôle encore plus important pour soutenir l’activité économique du pays. Ce que nous voyons aujourd’hui à travers le monde n’est certes pas rassurant mais dépend finalement d’un seul paramètre « combien de temps cela va-t-il durer ? ». Plus tôt notre activité pourra reprendre à plein régime, plus tôt nous serons en mesure de connaître l’ampleur des dégâts et ce que nous sommes en capacité d’absorber, en attendant, il faut tenir...

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