Publié le 01/05/2009, dans : Marché Rhône-Alpes
Percées de lacs et entourées de cimes, les vallées des Alpes sont synonymes de douceur de vivre. Certains projets neufs font preuve de qualité de construction, aussi bien environnementale qu'architecturale. Décryptage.

Reconquête des derniers arpents disponibles de centre-ville, embellissement des façades, construction d'équipements architecturaux, comme le Phare, complexe sportif et culturel de l'agglomération de Chambéry… Les villes des vallées des Alpes ne manquent pas de paillettes pour conforter leur image dorée de voisines de Genève et des stations de sports d'hiver. Juste retour des choses, ces belles attirent. La Haute-Savoie, dont la population a doublé en 40 ans, se place par exemple au 3e rang des départements en croissance. “Ce phénomène touche l'ensemble des communes”, commente le conseil général dans son “livre blanc 2020” en soulevant une problématique non négligeable : le trafic routier croît de façon “inquiétante”, les infrastructures ferroviaires demeurent “inadaptées” et “400 hectares sont urbanisés chaque année, au détriment de l'agriculture”.
Une région en quête de mixité sociale
“À notre modeste échelle, nous accueillons 100 nouveaux habitants par an”, remarque Robert Clerc, maire de Grésy-sur-Aix, une petite commune savoyarde de 3 800 habitants.
Par ailleurs vice-président du conseil général de Savoie, l'élu perçoit des migrations plus jeunes que sur la Côte d'Azur : “Nos migrants sont pour beaucoup des actifs, attirés par le vaste bassin d'emplois du sillon alpin qui s'étend de Grenoble, voire de Valence, jusqu'à Genève.Nous observons notamment l'arrivée assez massive de populations du nord de la France sur le pôle Aix-Chambéry.” À demi-montagneux, le département se donne la lourde tâche “d'essayer de loger tout le monde” sans écorner son capital touristique et agricole. Pour autant, la Savoie n'est pas un havre accessible aux budgets modestes. Rien que le terrain à bâtir, une denrée rare, a vu son prix croître de 180 % en dix ans. Dans ce contexte de cherté, le conseil général est monté au créneau de la mixité : 12 millions d'euros attribués par an au parc locatif social, aide aux bailleurs publics pour acquérir les programmes “gelés” de la promotion privée, 6 000 €consentis au particulier qui rénove son bien pour le louer… En Haute-Savoie, la C2A, la communauté d'agglomération d'Annecy, a conçu un prêt logement à taux zéro, réservé aux primo-accédants. Des communes s'investissent aussi dans un brassage plus fin de leur population, comme Annemasse qui réservera au locatif social le tiers de son futur quartier Chablais Parc, pile en centre-ville. L'offre de cette commune frontalière avec la Suisse est correctement diversifiée en ce moment. Les acquéreurs ont le choix, selon leur budget et leurs revenus, entre un programme avec prêt social en location-accession (maître d'ouvrage : la Semcoda) et des projets en accession libre de Bouygues Immobilier, de Sogerim et la SCI Villa Fleury. “Au vu des dépôts de permis de construire, les opérations immobilières importantes maintiennent le plus haut niveau d'activité. Par les temps qui courent, les promoteurs ont intérêt à s'adosser aux grands projets des collectivités”, suggère Vincent Fontaine, responsable Foncier et Urbanisme de la ville.
Un léger rebond du neuf
Les marchés immobiliers ont perdu leur élan, il est vrai, et l'acquéreur a repris la main.
GuyMasset, conseiller commercial de Bouwfonds Marignan, en charge du programme Kaliste à Annecy, reconnaît que la clientèle se montre “extrêmement exigeante” et recale un appartement pourtant de qualité, mais avec deux chambres au nord. Malgré tout, l'attractivité de la Haute-Savoie perdure et Bouwfonds Marignan annonce un prochain lancement à Annecy-le-Vieux. Un constat pas toujours au goût des professionnels : “Les clients approchent la nouvelle conjoncture avec une propension à négocier les prix de l'immobilier comme ceux d'une voiture”, relève Antoine Machado, gérant de Priams, un promoteur du bassin annécien. D'après lui, l'immobilier neuf a subi un net coup de frein à la fin de 2008, mais il repart doucement depuis mars. Le constructeur avoue une baisse de ses ventes de 25 % par rapport à la même époque de 2008, moins alarmante toutefois qu'il supposait. Par prudence, ses lancements se compteront sur les doigts de la main en 2009 : trois, dont un seul dans la région, au lieu de dix précédemment. Son projet de Sevrier, proche du lac d'Annecy, est lancé le 22 mai à 3 600 €/m2 avec la particularité de respecter les 14 cibles de la haute qualité environnementale. Ce sera le premier du département à être certifié NF Démarche HQE®, comme la gamme à venir de Priams.
Nulle embellie comparable sur le front de la seconde main, bloqué par le manque de concessions des vendeurs. Quelques chiffres à méditer, extraits des indices des Notaires, établis avec l'Insee pour l'année 2008 : en Haute-Savoie, le terrain à bâtir revient en moyenne à 159 000 € (+ 229 % en 10 ans).
À Annecy, l'appartement ancien a perdu l'an dernier 2,4 % de sa valeur, à 3 166 €/m2, le 3-pièces étant le plus couru. La maison de 6-pièces en périphérie se négocie 457 000 € (+ 2,4%). À Chambéry, le tarif de l'appartement (2 155 €/m2) a baissé de 3,7 %, le 4-pièces représentant près de 30 % des ventes. Le recul a été de 3,1 % à Albertville (1 768 €/m2), mais la maison a pris 1,4 % en Maurienne, à 150 000 €. Comme le signale Jean-François Barralier, notaire à Annemasse, l'investissement locatif n'est pas dénué d'attraits, soutenu par la demande de locataires aux revenus élevés : “Qu'ils soient cadre, infirmière ou encore dans le BTP, nombreux sont les Savoyards à aller travailler le matin à Genève, où leurs salaires grimpent de 30 %”.
Pour preuve, le nouveau tronçon de l'autoroute Annecy-Genève ne désemplit pas.
Une attente d'architecture
La pierre fait parfois preuve d'une recherche architecturale. Ainsi, près de Passy, à une quinzaine de minutes de la gare TGV de Sallanches, le groupe de promotion Alain Crenn vient de monter une opération atypique.
Il s'agit de requalifier en appartements de luxe les bâtiments Art déco d'un ancien sanatorium, édifié grâce au don de la comtesse Martel de Janville entre 1933 et 1937.
Ce paquebot de 120 mètres de long, inscrit à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, a été travaillé à l'origine par deux architectes d'une certaine pointure : Henri-Jacques Le Même, qui oeuvra auprès du décorateur Ruhlmann à Paris, et Pol Abraham, repéré pour ses grands projets de sanatoriums dans les années 30 et pour la reconstruction d'Orléans après la guerre.
Martel de Janville synthétise les principes de Pol Abraham, comme l'asymétrie, la chapelle perchée au dernier étage et le puits de lumière. Pas question de toucher à un cheveu du bâti, donc, si ce n'est pour reconfigurer ses caractéristiques initiales, sous le contrôle de la direction des affaires culturelles de Rhône-Alpes. L'architecte Marc Rolinet assure la restauration en prévoyant de retrouver l'exact rouge terre cuite de la façade et de conserver ou de restituer les carrelages des parties communes et les volumes intérieurs. En même temps, les chambres avec vue sur le Mont-Blanc seront regroupées en appartements de 2, 3 ou 4-pièces, alors que des duplex seront aménagés dans l'ancienne salle de restaurant. Notons que ce projet hors normes bénéficie des avantages financiers de la loi Malraux. Démarrée en janvier à 5 000 €/m2, sa commercialisation était déjà créditée de cinq réservations deux mois plus tard. Place aussi à la réhabilitation à Évian, où le promoteur Plurimmo restructure en appartements un ancien hôtel de la fin du 19e siècle, avec façade à l'identique : l'Amédée V, sur l'îlot de la Touvière, près du Léman. Dans un autre registre, contemporain cette fois, le même promoteur a lancé les Pierres de Lumière à Thonon-les-Bains, avec façade en bois et villa sur le toit. Les propos de Philippe Cheysson, l'architecte du projet, ne sont guère étonnants : “Il faut livrer une rude bataille contre le pastiche pour faire accepter les formes de notre époque”. Un point positif, toutefois : “Les acquéreurs manifestent une réelle attente d'architecture. Et les promoteurs ont compris que l'architecture était une valeur ajoutée à leurs produits”.
Également de ce maître d'oeuvre, mais pour la Sagec à Vétraz-Monthoux, à une quinzaine de kilomètres de Genève, les 68 appartements et huit villas du Montebello (compter 350 000 €pour une villa et à partir de 135 000 €pour un appartement). Des bâtiments tertiaires ont aussi belle allure dans la région. Lors du dernier salon Eurobois, la Fibra (Fédération forêt-bois Rhône-Alpes) a récompensé quatre réalisations rhônalpines, dont le pôle de transformation du bois Sivalbp, à Thônes.
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