MarcPietri, Président-directeur général de Constructa

S'il reconnaît que les mesures du plan de relance soutiennent le marché du neuf, Marc Pietri, PDG de Constructa, milite pour un nouveau mode de production des logements en France.

MarcPietri, Président-directeur général de Constructa
MarcPietri, Président-directeur général de Constructa

Il faut un plan Marshall de l'immobilier


Le club Immo: Que pensez-vous de la réforme des aides à l'accession, annoncée par le gouvernement, autour du Prêt à taux zéro (PTZ) + ?


Marc Pietri : Les intentions étaient très louables, c'est-à-dire simplifier les dispositifs, les rendreplus clairs et lisibles. En ce qui concerne le PTZ renforcé, notamment dans les grandes agglomérations, le gouvernement a atteint son but. En revanche, je ne sais pas si la suppression du Pass-foncier est une bonne chose, car c'est un dispositif qui avait la capacité à créer de la mixité. Grâce à lui, les particuliers pouvaient acheter dans des zones qui n'étaient pas Anru à moins 15%, et cela leur donnait une possibilité d'emprunt leur permettant d'intégrer des résidences de bon standing. À mon sens, cette suppression du Pass-foncier n'est pas un progrès.



C. I. : Faut-il en faire plus en faveur des primo-accédants ?


M.P. : Je ne suis pas le ministre des Finances ! Je dresse simplement le constat que, sur quelque 100 000 nouveaux logements produits en 2010 par les promoteurs-constructeurs, 70% seront des produits défiscalisés (investissement locatif Scellier, résidences seniors, LMNP). Pour le reste, l'accession à la propriété ne concernera que 30 000 à 35 000 familles ! Il ne suffit pas de réformer la vente ou la cession, commedans l'automobile, il faut aussi réformer la production.


Aujourd'hui, l'immobilier est trop cher. Depuis 1995, les prix ont été multipliés par deux, voire deux et demi et parfois par trois, et le pouvoir d'achat n'a pas suivi. Donc heureusement que l'État aide les primo-accédants, mais il faut recréer un outil moderne pour les années 2013-14 qui ne soit pas comme l'immobilier. C'est-à-dire une barque pleine d'honoraires, d'assurances, de lois et de décrets, que l'on ne cesse de charger au fil des ans. Tout cela crée un produit bien trop cher. Comme disait Claude Allègre, « il faut dégraisser le mammouth » pour retrouver notre marché.



C. I. : L'immobilier est-il sorti de la crise ?


M.P. : Rendons à César ce qui est à César. Sans l'aide du gouvernement et les mesures du plan de relance, notre profession n'aurait pas traversé la crise. Toutes les mesures qui ont été engagées ont permis de sortir de la spéculation, de nous rendre plus raisonnables et de réajuster nos prix. Dans l'immobilier de logement, il n'y a pas de crise. Nous n'avons pas de stock, dès qu'il y a un projet, il est vendu. Ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes en bonne santé. À l'heure actuelle, il manque en France entre 500 000 et 800 000 logements.


Nous ne produisons pas les logements qui correspondent au pouvoir d'achat des Français.


N'oublions pas que 80 % des familles sont éligibles aux prêts sociaux, c'est-à-dire avec un revenu moyen annuel inférieur à 55 000 €. Il faut donc construire pour ces familles, inventer un nouveau mode de production avec des architectes de qualité.


Comment faire pour réduire les coûts ? Comment adapter les financements sur le long terme ? Tout ceci représente un vaste chantier, un véritable plan Marshall de l'immobilier. Certes, notre secteur va bien, mais il n'est pas porteur d'avenir.



C. I. : L'année 2011 sera-t-elle l'année du BBC (Bâtiment basse consommation) ?


M.P. :C'est incontournable, pour une raison toute simple : en un an, tout lemonde est devenu BBC. Des investisseurs, qui n'achètent plus que du BBC, jusqu'à l'ensemble des SCPI.


Le BBC est passé dans le langage naturel de l'immobilier et maintenant, il semble impossible de revenir en arrière... Nous sommes tous BBC !

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