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Interview Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs constructeurs de France (FPC)

Indicateur Bertrand : Dans le domaine de la construction, que signifie exactement le développement durable ?

Interview Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs constructeurs de France (FPC)
Interview Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs constructeurs de France (FPC)

Marc Pigeon : Je pense qu'il s'agit avant tout d'intégrer "l'avenir" dans les réflexions et les décisions du présent, pour le logement comme pour le reste. Cela veut dire se poser la question "est-ce que mon immeuble sera durablement adapté aux attentes de l'utilisateur ?" et la réponse n'est pas forcément évidente : on peut faire des erreurs de bonne foi, sur la base des techniques dont on dispose sur le moment et des modes de vie de notre époque. Aujourd'hui, je pense sincèrement que nous sommes à un tournant dans la construction : nous devons trouver d'autres formes de construction et nous essayons toutes les pistes nouvelles. En ce début de 21e siècle, nous approchons une façon de bâtir un peu différente, où nous sommes attentifs aux sources d'énergie, aux déchets, où nous essayons d'économiser des matières premières qui nous paraissaient alors inépuisables, comme l'eau par exemple... Même si nous tâtonnons encore, nous savons que c'est avec cette prise en compte environnementale qu'il faut avancer : les lauréats des Pyramides d'Or 2005 illustrent cette préoccupation. J'ajoute que les réglementations nous orientent aussi dans cette voie, comme la nouvelle réglementation thermique 2005. Mais au-delà des obligations, il y a la sensation diffuse qu'il va falloir construire autrement, et tous les promoteurs la ressentent.


I.B. : Votre 35e congrès, dont le thème était "Construction et Environnement", a mis en avant l'exigence d'une densité urbaine de qualité dans la perspective du développement durable. Comment en convaincre élus et citoyens ?


M.P. : Revenir à une densité urbaine, c'est inéluctable. Le constat est simple : plus on va loin, plus on consomme d'essence, avec plus d'émission de CO2, plus il faut construire des infrastructures, des équipements, etc. Ce système là ne permet aucune économie et la densité urbaine est donc le pilier de la réflexion énergétique et économique. La seule question qui se pose est quelle densité ? Je crois qu'il faut l'apprécier en fonction de ce qui existe déjà. La densité varie en fonction des villes, des quartiers, et on ne peut pas appliquer une règle uniforme sur tout le territoire. Lorsque les élus décident, dans leurs PLU, de réduire la hauteur par rapport au bâti existant me parait être une erreur. On gaspille de l'espace. Mais ils le font souvent à cause du coût des équipements que va générer l'afflux de population. Ils cèdent aussi à la pression des citoyens qui pourtant, souhaitent des logements pour leur enfants, mais qu'on ne les construise pas dans un environnement qui leur est proche. Une ville sans voisin en somme. Ceci dit; au-delà du problème de densité, il faut apporter une réponse plus globale en terme d'aménagement du territoire qui nécessite à mon sens des investissements massifs au niveau des infrastructures. L'enjeu est terrible : d'ici 2030, il y aura un quart de ménages supplémentaires à loger dans les quelques grands bassins d'emplois, les métropoles actives et les zones littorales. La densité urbaine ne suffira pas à satisfaire le besoin en logement, il nous faudra créer de nouveaux espaces de vie.


I.B. : Le développement durable, a forcément des répercussions financières. Dans ce domaine aussi, l'Etat a un rôle à jouer. Avez-vous le sentiment que vos propositions sont prises en compte ?


M.P. : L'Etat peut et doit intervenir de plusieurs manières. En ce qui concerne la maîtrise foncière, nous avons fait des propositions pour que les maires aient les moyens financiers de leur politique urbaine. Par exemple en mettant en place une politique fiscale en direction des propriétaires de terrains, pour que ceux-ci soient incités à vendre, mais aussi au bénéfice des collectivités locales qui participeraient aux plus values foncières que leurs équipements ont générés. Deuxième point : l'Etat doit créer de nouveaux secteurs d'aménagement, qu'on les appelle villes nouvelles ou autrement. Il faut aménager des terrains non constructibles, créer les infrastructures et développer ces nouveaux espaces de vie. A la lumière des expériences passées, nous avons les moyens de créer autre chose que des villes dortoirs, mais au contraire des villes bien équipées, faciles d'accès, où l'emploi existe, qui soient véritablement mixtes, à tous les niveaux : social, fonctionnel, etc. Nous ne manquons pas de terrains en France. Reste à les aménager pour sortir de cette pénurie de terrain artificiellement créée par certains élus et par manque d'infrastructures. Enfin il faut que l'état assume les orientations environnementales qu'il a fixées. En effet l'utilisation des énergies renouvelables, des matériaux du développement durable ont un coût qui n'est pas compensé par les économies d'usage. Si l'enjeu est national on ne peut laisser a la charge du seul investisseur le "service" qu'il rend à la collectivité. Pour l'instant, nous enregistrons des annonces et des propositions, qui sont immédiatement contredites par une disposition inverse, et qui donc ne se traduisent pas en avantages réels pour les acquéreurs. Exemples : les acquéreurs peuvent déduire de leurs impôts 40 % des sommes engagées pour les énergies renouvelables...mais cette déduction rentre dans la fameuse "niche fiscale". Les opérateurs pourront construire 20% de plus s'ils utilisent les énergies renouvelables... mais les règles d'urbanismes locales déterminent le plus souvent des gabarits maximum... Des incitations certes, mais rarement applicables.


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