Habitat neuf : Les nouveaux espaces de vie

En s'adaptant aux évolutions des modes de vie, les logements neufs offrent quasiment du sur mesure aux acquéreurs. À condition d'en avoir les moyens. Visite guidée, pièce par pièce.

Habitat neuf : Les nouveaux espaces de vie
Habitat neuf : Les nouveaux espaces de vie

llongement de la durée de vie, explosion du nombre de familles recomposées, développement du travail à la maison, invasion de nouvelles technologies dans la sphère privée, cohabitation rallongée entre les grands enfants et leurs parents… En à peine 30 ans, nos modes de vie ont radicalement changé. Les promoteurs doivent donc s'adapter et revoir leur copie en fonction des desiderata des acquéreurs, friands de logements où chacun peut vivre à son rythme sans empiéter sur le bien-être des autres. Sans oublier le besoin croissant d'intimité, notamment dans les familles recomposées ou de nouveaux parents cohabitent ponctuellement ou de façon permanente avec les enfants d'un autre. Et la tendance n'est pas prête de s'inverser : selon l'Insee, en 2030, 43 % des mariages français se solderont par un divorce. Actuellement, ce taux est de 33 %. Les logements neufs semblent évidemment les mieux appropriés à cette recherche d'intimité et d'espaces flexibles. Pourquoi ? Grâce aux avancées dans les techniques de construction.


Désormais, la distance entre les pièces maîtresses d'une construction est plus importante. Concrètement cela se traduit par moins de murs porteurs, donc moins de cloisons et donc plus d'espaces libres pour structurer le logement. À surface égale, on a moins de place perdue dans le neuf que dans l'ancien. Il n'y a quasiment plus d'entrée, ni de couloirs. Les armoires sont remplacées par des placards intégrés. Les portes coulissantes par des portes battantes. Et le moindre recoin autrefois perdu par exemple sous une volée de marches, est aujourd'hui transformé en rangement d'appoint. Autre tendance, en lien avec le décloisonnement : l'arrivée de meubles cloisons qui font à la fois office de séparation entre deux espaces et rangement.


Mais aussi la cuisine qui devient séjour.



La cuisine s'ouvre sur les pièces à vivre


Finie la cuisine cachée à l'autre bout de l'appartement et mal équipée. Désormais, les cuisines se montrent. “Actuellement se dégagent deux grands modèles de cuisine : la grande cuisine - salle à manger où l'on prend tous les repas y compris ceux avec ses amis et la cuisine ouverte sur le séjour”, observe Jean-Michel Léger, sociologue, ingénieur de recherche au CNRS, chercheur à l'Ipraus*, et enseignant à l'école nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville. La personne qui cuisine (les femmes dans la très grande majorité des cas) n'est plus coupée des autres éléments de la famille ni même des amis et autres invités durant la préparation des repas. Cette évolution de la cuisine comme vrai lieu de convivialité s'explique en partie par la démocratisation du mobilier de cette pièce. Merci Ikéa et consorts ! Mais aussi par le développement de la presse décoration et des séries télévisées qui n'hésitent plus à montrer ce lieu autrefois remisé au fond des appartements. “Toutefois en exigeant l'équipement coûteux d'une “pièce à vivre”, la grande cuisine – salle à manger ne peut être la seule référence, si bien que, en permettant toute la gamme d'ouverture (et donc de fermetures) sur le séjour, la cuisine ouverte est souvent le compromis retenu par les habitants eux-mêmes, souligne le sociologue Jean-Michel Léger. Cela permet d'agrandir la perception de la cuisine sans trop l'exhiber vis-à-vis du séjour et de présenter une image moderne de soi sans renoncer aux traditions de la maîtresse de maison et de l'art culinaire.”



Un séjour polyvalent et modulable


Plus ou moins relié à la cuisine, le séjour reste un lieu où tout le monde se rassemble mais où chacun à envie de faire des choses différentes sans être déranger. Concrètement, le salon se segmente en petits recoins pour que celui qui est train d'écouter de la musique ne dérange pas celui qui est en pleine lecture. “Le séjour sera de moins en moins la pièce à tout faire car la demande est déjà, et sera toujours plus ventilée vers des activités individualisées dans les chambres ou de petits espaces appropriés”, note Jean-Michel Léger. Cette pièce reste le lieu privilégié pour le téléviseur où l'on continue à regarder certaines émissions en famille même s'il ne s'agit plus de l'unique poste dans le logement. Le séjour participe aussi grandement à la flexibilité nécessaire aux familles recomposées qui, le temps d'une semaine (en cas de garde alternée) ou d'un week-end peuvent passer de quatre à six personnes. Pour cela, la bonne vieille


cloison coulissante est remise au goût du jour afin de créer une chambre supplémentaire d'appoint. Ces cloisons ont heureusement gagné en technicité : plus épaisses, elles permettent une meilleure isolation


phonique, et escamotables, elles disparaissent à l'intérieur d'autres cloisons quand elles ne sont pas “en service”.



Des mini-studios pour les enfants


La chambre n'est plus seulement une “chambre à coucher”, même chez les plus jeunes et a fortiori chez les adolescents. Elle est devenue un lieu de travail, de détente, de convivialité pour accueillir ses amis. Aujourd'hui, les jeunes aménagent leur chambre comme un mini-studio au coeur même de l'appartement. Les équipements y sont dernier cri : télé, console pour recevoir le lecteur de musique MP3, console de jeux, ordinateur… Pour faire rentrer tout ça dans un espace qui dépasse rarement les 10 m2, on constate le développement des lits mezzanines et autres lits escamotables.


Pour les plus grands enfants, à savoir les “Tanguy” qui n'en finissent pas de faire des études ou ceux qui peinent à décrocher leur premier job pour voler de leurs propres ailes, il n'est plus rare que leurs chambres donnent directement sur l'entrée. Ces jeunes adultes ou grands enfants, c'est selon, ont ainsi une certaine autonomie… comme s'ils avaient leur propre studio. La cuisine, le ménage et la blanchisserie à gérer en moins.



Parents recherchent intimité désespérément


Si la chambre des parents reste essentiellement vouée au repos, elle tend également à accueillir, elle aussi, de nouvelles fonctions bien éloignées du sommeil. Faute de place suffisante et par souci de calme et de concentration, quand ils ramènent du travail à la maison, les parents vont en général s'installer dans leur chambre. Et puis les comportements familiaux évoluent. Ce ne sont plus nécessairement les enfants qui vont dans leur chambre mais les parents qui quittent le salon pour aller dans la leur.


“Pour les adultes, la chambre devient une bulle, un sas, un symbole d'évasion”, note François Bellanger sur son site de prospective : www.transi-city.com. Les parents, notamment dans les familles recomposées, recherchent encore davantage d'intimité car sous leur toit se côtoient des enfants nés de différentes unions. Ils souhaitent une chambre parentale dont l'entrée est la plus éloignée possible de celle des chambres des enfants. Et ce pour être tout à fait tranquille. En terme d'espace, les parents s'octroient souvent la chambre la plus grande et en tout cas c'est ainsi que les promoteurs conçoivent leurs programmes. Pour faire plus chic, ces derniers parlent alors de suite parentale qui regroupe une chambre, un spacieux dressing et une salle d'eau.


Évidemment, ceci n'est proposé que pour des appartements spacieux plutôt moyen-haut de gamme.



Des salles de bain plus aérées


De même, on lit ici ou là que les salles de bain deviennent des espaces de soins. Dans les programmes haut de gamme, les salles de bain peuvent effectivement être de véritables espaces dédiés au bien-être et plus uniquement à l'hygiène. Mais tout est une question de moyens financiers. S'ils sont au rendez-vous, le mini spa, baignoire balnéo, hammam, sauna ou jacuzzi sont plébiscités. Mais pour le commun des mortels, la salle de bain reste une pièce fonctionnelle. “Les explorateurs des modes de vie avaient pronostiqué il y a vingt-cinq ans, une extension du culte du corps qui a bien eu lieu sans que les espaces ad hoc aient accompagné cette évolution, sauf exception” regrette Jean-Michel Léger. Toutefois, il concède que la salle de bain avec fenêtre n'est plus aussi rare. “Mais cela suppose une ouverture supplémentaire en façade donc des façades plus larges. Alors qu'actuellement pour des problèmes d'isolation et de régulation thermique, les façades doivent être de plus en plus étroites”, argumente-t-il. Ce n'est donc pas encore demain que les programmes proposeront une salle de bain par chambre.



Un petit espace en plus pour faire la différence


Certains promoteurs innovent en proposant une pièce en plus. Autrement dit un espace sans affectation particulière qui anticipe les besoins futurs (arrivée d'un nouvel enfant, d'une personne âgée…) de la cellule familiale. “C'est d'ailleurs intéressant de noter qu'avant cette pièce en plus était d'emblée baptisée comme une chambre d'amis. Désormais, on ne lui donne plus d'office une fonctionnalité”, constate Bernard Cadeau, président du réseau d'agences immobilières Orpi. Pour Jean-Michel Léger, cette pièce supplémentaire peut aussi bien être une alcôve de 3m2 ou une petite pièce de 5m2 accessible à tous, pas nécessairement dotée d'une fenêtre.


“Dès lors que de plus en plus de demandes d'informations, d'actes d'achat et de tâches administratives doivent être traités via Internet, le coin bureau n'est plus une simple commodité, il devient une nécessité”, insiste le sociologue. Et quid du linge ? Si les promoteurs prévoient évidemment l'embranchement et l'emplacement du lave-linge, ils oublient souvent (voire toujours) de prévoir un endroit pour le séchage. “C'est ainsi que l'on se retrouve avec des salons où trône le sèche-linge. Et ce, même parmi les cadres supérieurs. Cette situation est aberrante”, tempête-t-il. “Des terrasses mises en boîtes” Le “dehors” doit aussi être une pièce à vivre.


Les balcons cèdent lentement leur place aux terrasses, que les architectes appellent les “jardins d'hiver”. Des verrières qui devraient jouer le rôle de régulateur thermique. Qui réchaufferaient l'appartement l'hiver, le rafraîchiraient l'été grâce à des systèmes de filtre végétaux, ou minéraux.


“Mais pour l'heure, ces systèmes d'occultation ne sont pas encore complètement au point.


Dommage, car il semble que les Français soient prêts à dépenser plus pour ce type de systèmes”, regrette Jean-Michel Léger. Sans compter que ces jardins font gagner de l'espace et assurent le lien entre l'intérieur et l'extérieur. L'éco-conception est à coup sûr l'un des enjeux essentiels des futurs logements neufs.



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