Christine Boutin, Ministre du Logement et de la Ville

“Les dispositifs Robien et Borloo seront recentrés sur les zones où le marché du logement reste tendu”.

Christine Boutin, Ministre du Logement et de la Ville
Christine Boutin, Ministre du Logement et de la Ville

Indicateur Bertrand :Àl’heure où les taux de crédits sont en nette augmentation,de nombreux primo-accédants sont exclus du marché de l’accession à la propriété.Comment inverser la tendance ?


Christine Boutin : Je considère que la propriété ne doit pas être réservée aux plus riches, elle doit être une réalité accessible à tous. Consciente des fortes contraintes de solvabilité qui pèsent sur les ménages, j’ai lancé le 15 avril dernier la maison pour 15 euros par jour qui, grâce au Pass-foncier du 1 % logement et à un véritable effort de l’état avec une TVA à 5,5 % au lieu de 19,6 %, permet aux primo-accédants aux revenus modestes de réaliser le rêve d’une vie, celui de devenir propriétaire. Et c’est une véritable réussite : en seulement 3 mois, 2 000 maisons pour 15 euros par jours ont été programmées sur tout le territoire, alors que nous nous étions fixé un objectif annuel de 5 000 maisons. Mon projet de loi d’action pour l’accès au logement prévoit d’étendre ce dispositif au logement collectif.


I. B. : Comment jugez-vous le rythme de la construction ? Souhaitez- vous inciter les promoteurs privés à construire encore plus,notamment des logements sociaux, dans les zones où le marché locatif est tendu ?


C. B. : Au regard de la demande, il est évident que l’on ne construit pas suffisamment de logements en France, particulièrement dans les zones tendues. L’objectif défini par le président de la République est de construire 500 000 nouveaux logements par an. Bien que l’année 2007 ait été celle où l’on a le plus produit de logements dans notre pays depuis 30 ans, avec un total de 435 000 logements mis en chantier et 108 000 logements sociaux financés, il est important de ne pas relâcher nos efforts. J’ai souhaité que mon projet de loi prévoie une disposition facilitant l’achat par les organismes HLM de logements en Vefa (vente en l’état futur d’achèvement) à des promoteurs privés. Cette mesure engendrera un effet de levier puissant en vue d’augmenter le parc de logements sociaux. Ainsi, en Île-de-France, la production de logements sociaux en Vefa est de l’ordre de 2 300 logements par an. Et grâce à cette mesure, on pourra sans doute construire près de 1 000 logements supplémentaires dans cette zone où la demande est plus forte qu’ailleurs.


I. B. : Quel regard portez-vous sur l’immobilier locatif ? Les dispositifs d’incitation fiscale (Borloo, Robien) seront-ils corrigés ?


C. B. : La location répond au besoin de millions de ménages qui, par choix ou par contrainte, n’accèdent pas à la propriété. Ce n’est pas parce que je veux favoriser l’accession populaire à la propriété que j’en oublie pour autant les locataires. En prévoyant dans mon projet de loi de supprimer le cautionnement dès lors que les bailleurs souscrivent une garantie des risques locatifs (GRL), je veux notamment faciliter l’accès à la location aux ménages ayant des revenus modestes tout en sécurisant les propriétaires bailleurs. Quant aux dispositifs “Robien” et “Borloo”, qui sont de bonnes mesures, je pense qu’ils doivent évoluer. Ils seront donc recentrés sur les zones dans lesquelles le marché du logement reste tendu pour qu’il y ait une adéquation entre l’offre et la demande de logements. Afin de coller à la réalité du marché, ces zones nouvellement définies feront l’objet d’une révision tous les trois ans.


I. B. : Le projet de loi sur le logement sera débattu au Parlement à l’automne.Quelles sont les priorités et les mesures les plus symboliques de ce projet ?


C. B. : C’est une loi de rupture, qui se fonde sur une nouvelle approche : la culture du résultat. Elle va permettre d’agir sur l’ensemble de la chaîne du logement en favorisant la mobilisation de tous les acteurs autour de 4 priorités : construire plus de logements, favoriser l’accession populaire à la propriété, élargir l’accès au parc HLM et lutter contre l’habitat indigne. Pour accompagner les politiques des collectivités territoriales en faveur de l’accession populaire à la propriété, il sera possible de compter les logements construits à cet effet dans les 20 % de logements sociaux pour les communes concernées par l’article 55 de la loi SRU. Cette loi favorise aussi la mobilité dans le parc HLM : aujourd’hui, il n’est pas acceptable que plus de 800 000 logements sociaux se trouvent sousoccupés. Parallèlement à cela, j’ai fait de la lutte contre l’habitat indigne l’une de mes priorités. À cette fin, j’ai souhaité la mise en place d’un programme de rénovation des quartiers anciens dégradés. C’est donc une loi complète qui lève des blocages et s’attaque aux incohérences d’un système qui nécessite d’être rénové avec conviction, mais sans brutalité.


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