Indicateur Bertrand : Vous allez lancer le 15 avril la “maison pour 15 euros par jour”. Ce concept se démarque-t-il clairement de la “maison à 100 000 euros” ?
Christine Boutin : Cela n’a rien à voir du tout ! C’est un projet totalement nouveau, extraordinairement pragmatique, qui tire les enseignements de toutes les expériences passées, heureuses ou malheureuses. Il s’agit d’un concept d’accession à la propriété “clés en mains” comprenant à la fois l’achat du terrain, de la maison et un mode de financement ultra-sécurisé. Cette formule globale a pour principe novateur de s’appuyer sur le Pass-Foncier qui permet d’acheter une maison et un terrain d’un seul coup en payant en deux temps : la maison d’abord puis le terrain ensuite. Payer en deux temps, cela permet au chèque versé à la fin du mois de se limiter à la hauteur d’un loyer classique aux environs de 450 euros par mois, donc à 15 euros par jour.
I. B. : A qui s’adresse ce dispositif ? Et quelles sécurités lui sont associées ?
C.B. : “La maison pour 15 euros par jour” intéresse le grand nombre de primo-accédants éligibles au Pass-Foncier et plus particulièrement les familles d’au moins trois personnes dont le revenu net mensuel va de 1 500 à 2 100 euros par mois. Étant donné que ces foyers sont modestes, il est prévu que le 1 % Logement rachète non seulement la maison, mais reloge aussi la famille en cas d’accident financier. Lors d’un divorce ou d’un déménagement avant l’acquisition du terrain, le bénéficiaire du dispositif pourra revendre son bien et récupérer son capital. Les travaux de construction se feront à prix réduit et, nouveauté que j’ai pu obtenir du Parlement, la TVA sera réduite à 5,5 % alors qu’elle s’élève à 19,6 % dans les conditions habituelles. Point important également, pour la phase de remboursement du terrain, le prix sera garanti en euros constants actualisé par l’inflation pour réduire les risques de spéculation sur le prix du terrain. Ce projet de “maison pour 15 euros par jour” ne sera pas isolé. C’est le premier étage de la fusée qui permettra à toute famille d’accéder à la propriété, la plus grande des sécurités contre la précarité.
I. B. : Combien de maisons pour 15 euros par jour envisagezvous cette année ?
C.B. :Nous prévoyons une première tranche de 5 000 maisons et je suis certaine que des familles mettront la clé dans leur maison pour 15 euros par jour avant Noël. Ce sont autant de places qui vont se libérer dans le parc locatif et seront ainsi ouvertes aux “travailleurs pauvres” actuellement en centre d’hébergement. Ces derniers rencontrent énormément de difficultés pour accéder au logement que ce soit dans le parc social ou privé et je vous rappelle qu’ils occupent une place sur deux en CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) et une sur cinq en CHU (Centre d’hébergement d’urgence), ce qui est inadmissible !
I. B. : Et qu’en est-il de la production de logements en général ? Vous semble-elle dynamique ?
C. B. : Les chiffres de la construction ont été excellents en 2007 et je ne puis être que satisfaite du nombre de 435 000 nouveaux logements commencés. C’est la plus forte année de production depuis la fin de la décennie 70, en hausse de plus de 1 % par rapport à 2006 en France métropolitaine, tirée par la construction de logements collectifs en augmentation de 3 %. Ce résultat est d’autant plus significatif que la croissance a été particulièrement marquée dans les régions tendues que sont l’Ile-de-France, le Rhône- Alpes et le Nord-Pas-de-Calais. Ceci étant, la vigilance s’impose et toute la chaîne du logement devra continuer à se mobiliser pour accompagner cet effort de construction inégalé en France depuis trente ans. J’ai par conséquent réuni les fédérations professionnelles et les divers partenaires de la filière construction pour étudier des pistes qui généreraient chacune la construction de 10 000 à 15 000 logements supplémentaires, comme la TVA à 5,5 % étendue à toute la primo-accession. Dans les prochaines semaines, je vais lancer le label “Maire bâtisseur” qui récompensera les élus les plus actifs en terme de construction. J’ai voulu que la loi de programmation sur le logement actuellement en cours d’élaboration soit allégée, simplifiée, afin de lever des freins et de créer encore davantage de dynamisme.
I. B. : Les investisseurs privés seront-ils partie prenante de cette mobilisation ? On évoque l’éventuelle suppression du Robien…
C. B. : Entendons-nous bien, il n’est pas question de faire disparaître ce dispositif alors que je demande de nouveaux avantages fiscaux dans d’autres domaines ! Le dispositif Robien trouve sa pleine justification dans l’organisation de la production de logements. Nous avons effectivement besoin de l’investissement privé pour augmenter l’offre locative que le secteur du logement social ne pourrait couvrir à lui seul et je compte bien m’appuyer sur toutes les énergies, y compris celle des investisseurs, pour atteindre l’objectif ambitieux de 500 000 nouveaux logements par an fixé par le Président de la République et le Premier ministre. |