Indicateur Bertrand : Du 17 au 28 septembre, vous vous êtes installée à Lyon avec les équipes de votre ministère. Quels étaient les enjeux de cette “décentralisation” ?
Christine Boutin : Notre pays connaît des difficultés de logement sans précédent qui affectent une part croissante de la population. Jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, nous sommes convaincus qu’il existe un intérêt social, économique et d’ordre public à ce que cette crise du logement soit d’urgence, sinon résolue, du moins en voie de résorption rapide. Il en va de la cohésion sociale de notre pays. C’est la raison pour laquelle je suis allée à Lyon avec mon ministère pour lancer le “Chantier national du logement” en réunissant dans une unité de lieu et de temps tous les acteurs liés de près et de plus loin à l’habitat. Mon but était que chacun prenne conscience de sa responsabilité, le logement devenant une grande cause nationale et républicaine pour tous.
I. B. :Avez-vous obtenu les résultats escomptés ?
C. B. : Je souhaitais créer un électrochoc et mener une opération marathon. Ce pari a été gagné au-delà de mes espérances. Tout le secteur du logement a pris des engagements et apporté sa contribution à nos “réunions de chantier” qu’il s’agisse d’organismes financiers, du 1% logement, de fédérations comme celles du bâtiment, des promoteurs ou des aménageurs-lôtisseurs, du mouvement HLM… J’ai par exemple signé une convention avec les partenaires sociaux du 1 % pour développer le Passfoncier qui bénéficiera d’une fiscalité avantageuse (TVA à 5,5 % et exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties de 15 ans). Je me félicite aussi de l’engagement pris par le président du groupe des Caisses d’Epargne de mettre en vente 5 % du parc de ses filiales HLM. Nous étions partis avec une vingtaine de partenaires. A l’arrivée, nous sommes 32 et nous avons fait avancer les choses comme jamais nous n’aurions pu le faire en 18 mois sans cette opération.
I. B. : Allez-vous développer l’accession à la propriété, tant plébiscitée par les Français ?
C. B. : Certainement, puisque je rappelle les objectifs fixés par le Président de la République qui se résument en quatre chiffres : 500 000 constructions nouvelles/an -dont 120 000 logements sociaux-, la vente de 40 000 HLM aux locataires en place et 70 % de propriétaires en France. Pour ce qui est de la vente à leurs locataires de 40 000 logements HLM par an, soit 1 % du parc existant, une large partie du monde HLM est prête à cette évolution. Reste à convaincre les dernières réticences, en particulier des offices, et je me suis donné jusqu’à la fin de l’année pour conclure un accord raisonné.
I. B. : Et dans le parc privé ?
C. B. : L’accession sera vigoureusement facilitée dans le parc privé par l’utilisation massive de tous les moyens à notre disposition : maison à 100 000 e, formules d’accession à la propriété dans les quartiers en rénovation urbaine ou Pass-foncier applicable aussi pour les appartements en immeubles collectifs. Je veux encourager les formules d’accession sécurisée sociale, comme le Pass-foncier et le Prêt social location-accession qui offrent des garanties aux ménages ne pouvant pas mener à leur terme leur projet d’acquisition. Je travaille actuellement à d’autres formules d’accession sécurisée pour les ménages à revenus irréguliers.
I. B. : Les dispositifs de défiscalisation et le PTZ seront-ils maintenus ?
C. B. : Etant donné que le parc privé a un rôle important à jouer dans la production de logements, d’un côté les mesures fiscales en faveur de l’investissement locatif sont reconduites et, de l’autre côté, la déduction des intérêts d’emprunt et le prêt à taux zéro vont bien entendu continuer de faciliter l’accession à la propriété notamment des primo-accédants. Le R PTZ concerne chaque année 250 000 primo-accédants dans le neuf comme dans l’ancien : il est incontournable pour atteindre l’objectif de 70 % de propriétaires en France.
I. B. : Le foncier est la matière première du logement. Souvent il fait défaut et ses prix sont très élevés…
C. B. : C’est en effet le nerf de la guerre et je propose que l’Etat soit exemplaire sur ce sujet en cédant ses terrains à un prix raisonnable. Il nous faut aussi encourager les maires bâtisseurs par des incitations financières. Soyons même audacieux ! Je soumets une idée tout à fait iconoclaste : pourquoi ne pas autoriser, pendant une durée limitée, les propriétaires qui le souhaitent à construire un étage supplémentaire à leurs habitations ?
I. B. : Qu’en est-il de Ile-de- France, secteur particulièrement tendu ?
C.B. : Je vais ouvrir un chantier spécial pour l’Ile-de-France car l’agglomération parisienne est asphyxiée et le prix du foncier comme celui des logements devient prohibitif. J’ai demandé au préfet de Région de réunir 4 groupes de travail associant les élus franciliens et les différents partenaires. Nous devrons peut-être nous interroger sur une série de dogmes imposés sur la densité ou la hauteur. Peutêtre faudra-t-il envisager une “exception francilienne” ? |